Février - Mai 2022

Extremamour

par

PATRICE SCHREYER

avec des poèmes d'

ÁLVARO VALVERDE

Du 27 février au 19 mai 2022

Avec le soutien de l'Ambassade d'Espagne en Suisse

Commissaire d'exposition: Jorge Cañete

Rue Haute, 36

CH - 1422 Grandson (Vaud)

ouvert sur rendez-vous uniquement : +41787102534 - info@jorgecanete.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un lugar rodeado de paredes de piedra,

a la sombra liviana de los recios olivos,

con túmulos dispuestos en un bancal con vistas

a un paisaje que evoca el infinito.

 

Un endroit entouré de murs de pierre,

à l’ombre éthérée des oliviers robustes,

avec des tumulus disposés en terrasse donnant

sur un paysage qui évoque l’infini.

Álvaro Valverde

 

Extremamour, une exposition de photographies et poèmes dédiés à l’Estrémadure

Le photographe suisse PATRICE SCHREYER a eu carte blanche pour photographier l’Estrémadure de façon subjective. Son regard ne cherche jamais l’évidence, mais se veut une lettre d’amour visuelle et personnelle aux terres estrémègnes.

Le titre de l’exposition, Extremamour, est d’ailleurs un jeu de mots entre Extremadura (Estrémadure, en espagnol) et amour.

Après une résidence à Trujillo entre décembre 2021 et janvier 2022, le photographe a voyagé à travers cette province méconnue qui renferme pourtant un immense patrimoine que bien peu de régions en Europe peuvent se targuer de posséder.

 

Les photos de l’artiste neuchâtelois témoignent de sa riche histoire où se mêlent les fantômes de Charles V, des conquistadors, l’ombre des villes de la Renaissance ou l’immensité de paysages encore préservés.

PATRICE SCHREYER est photographe depuis plus de vingt ans. C’est lors de ses excursions dans les montagnes suisses qu’il se découvre une passion pour le 8ème art.

Sa démarche artistique est parfois proche de l’abstraction, fortement expressive et contrastée, souvent sombre. Patrice Schreyer mêle paysages naturels et « paysages intérieurs ».Où qu’il aille, il essaie à chaque fois de partager son univers personnel avec une sensibilité rare. Son travail mêle un fort esthétisme à une élégance enracinée dans la sobriété du clair-obscur.

La force des images de PATRICE SCHREYER réside dans leur capacité à mettre en valeur de manière très lisible l’essence des paysages, jusque dans les moindres détails. Ce souci du détail donne aux images de l’artiste une forte cohérence.

De nombreuses expositions en Suisse ont présenté son travail et ses photographies décorent les ambassades suisses de Tunis et de Paris.

www.patriceschreyer.com

 

ÁLVARO VALVERDE, un poète complice

Jorge Cañete a demandé au poète estrémègne ÁLVARO VALVERDE une sélection de ses poèmes pour accompagner la scénographie de l’exposition Extremamour. En plus de cette sélection, le poète a également tenu à écrire spécialement des poèmes -inédits- pour accompagner chaque photographie.

 

ÁLVARO VALVERDE est né à Plasencia, en Estrémadure. Ses poèmes ont été traduits en plusieurs langues et son nom apparaît dans les plus prestigieuses anthologies de la poésie espagnole contemporaine. Il est l’auteur, entre autres, des recueils Una oculta razón (Prix Loewe, 1991), Más allá, Tánger (2014) et El cuarto del siroco (2018).


Son premier roman, Las murallas del mundo, a par ailleurs été finaliste du prix du Café Gijón, ainsi que du prix d’Estrémadure pour la création de la meilleure œuvre littéraire.

www.alvarovalverde.es

 

Oeuvres en vente:

 

VERSION PHOTOGRAPHIE

Photographie format A3+ (32,9 x 48,3 cm) dont l’image imprimée est de 29,7 x 23,76 cm. Impression sur papier Hahnemühle, William Turner Deckle Edge, 310 g/m², 100% coton blanc, bords frangés sur les 4 côtés. Impression du poème original d’ALVARO VALVERDE et des coordonnées GPS de l’endroit où la photographie a été prise.

Tirage limité à 5 exemplaires, numérotés et signé par Patrice SCHREYER.

VERSION INSTALLATION PHOTOGRAPHIQUE

composée

  • d’une photographie, format A3+ (32,9 x 48,3 cm) dont une image imprimée de 29,7 x 23,76 cm. Impression sur papier Hahnemühle, William Turner Deckle Edge, 310 g/m², 100% coton blanc, bords frangés sur les 4 côtés.

Signé au dos par PATRICE SCHREYER.

 

  • d’un calque format A3, surface satinée, impression d’un poème original écrit par ÁLVARO VALVERDE pour accompagner la photographie, de sa traduction en français et des coordonnées GPS de l’endroit où la photographie a été prise.

Signé par ÁLVARO VALVERDE.

 

  • De 2 clous et 2 aimants. 

Pièce unique

Pour plus de renseignements sur prix et disponibilité : info@jorgecanete.com

Galerie photos:


 

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L'EXTREMADURA DE L'EXTREMAMOUR

 

Par Álvaro Valverde

 

Il n'est pas courant que quelqu'un écrivant de la poésie – un art pauvre par nature, destiné à la minorité – et vivant en quelque sorte retiré en province, reçoive un beau jour une lettre dans laquelle un lecteur inconnu habitant à l'étranger lui avoue qu'il admire ses vers et, pour couronner le tout, lui propose de participer à une belle aventure : Extremamour, oui, comme il l'a lui-même nommée. Je veux parler de Jorge Cañete, un Suisse d'origine espagnole qui se consacre au design et à la décoration chez Interior Design Philosophy, bien plus qu'un simple studio professionnel. Son travail, dit-il, consiste à "enchanter les lieux et la vie des gens". Il n'est donc pas étonnant qu'il qualifie la sienne de "signature poétique et narrative qui, comme sur une page blanche, va écrire l'histoire personnelle du client". En ce sens, il n'y a rien de mieux que de lire son livre Il était une fois... ma maison.

L'amour de l'Estrémadure, cette région lointaine et frontalière du sud-ouest de l'Europe, anime l'entreprise photographique et poétique dans laquelle Cañete nous a embarqués, Patrice Schreyer et moi. Possédant une maison à Trujillo (le beau village de ma grand-mère maternelle), ses fréquents séjours sur ces terres encore méconnues de la plupart des gens l'ont incité à proposer au photographe de la visiter objectif en main. Cela s'est produit dans les derniers jours de l'année passée. Son voyage a été bref mais intense. Outre Trujillo, où ils ont établi leur camp de base, ils ont visité Logrosán, Medellín, Monfragüe, Mérida, Guadalupe, El Palancar, Cáceres, Arroyo de la Luz et Puebla de Alcocer. Dans ces lieux, Schreyer a pris les clichés faisant partie de cette exposition.

Ils sont également passés par Plasencia et c’est dans le bar du Parador, sous son extraordinaire escalier en suspension (une prouesse architecturale qui bouleverse le voyageur), que nous nous sommes rencontrés : Jorge, Patrice, son épouse Floriane et moi-même. Après une conversation agréable qui ne ressemblait en rien à celle que pouvaient avoir ceux qui se rencontraient et se parlaient pour la première fois (malgré les barrières imposées par les différentes langues maternelles, même si l'un d'entre nous a étudié le français au lycée), nous nous sommes promenés dans les rues de Plasencia, nous approchant de la cathédrale (ou plutôt des cathédrales, l'une romane et l'autre gothique, toutes deux à proprement parler inachevées), que nous avons visitée avec toute l'émotion qui convenait à cet instant. La beauté submerge toujours.

Dès le départ, bien que ne connaissant guère l’œuvre photographique de Schreyer (laquelle, grâce à internet, est accessible à tous), je me suis senti impliqué dans ce projet. J'ai immédiatement apprécié l’engagement passionné de Cañete et la complicité du photographe. J'aime son style et plus que tout, un ton : car oui, j'ai vite perçu des coïncidences esthétiques. La photographie et la poésie sont des arts très proches, je ne révèle ici rien de nouveau. Toutes deux sont basées sur le regard. Une façon de voir qui repose sur l'attention. Le travail de Schreyer en Islande, une île que j'aime (même si je n'y suis jamais allé), m'a convaincu. L'attention portée aux détails, la précision, sont la norme de ce style auquel je fais allusion. Il va sans dire que la substance du projet a été fournie par l'œil et l’appareil photographique de Schreyer. On s'est limité à accompagner ces images de vers, nouveaux ou déjà écrits dans mes livres. Essayant, mon dieu, de ne pas détonner. Les distiques que j'ai écrits pour chacune d'elles ont un air d’impromptu, ce qui, en musique et selon le dictionnaire, est une "composition improvisée par l'exécutant et, par extension, ce qui est composé sans plan préconçu". Pour être précis, ma façon de procéder était très simple : après avoir regardé les photos, j'exprimais en mots ce qu'elles me suggéraient. Immédiatement, sans donner lieu à réflexion. Sans préméditation, disons. J'espère ainsi avoir réussi à capturer quelque chose de leur esprit.

Bien qu'il pleuve habituellement très peu en Estrémadure, surtout en décembre, les voyageurs ont eu des jours gris et d’autres lumineux. On peut le voir sur les photos. La lumière est fondamentale. Je dirais même que c'est tout. Je pense que la lumière de l'ensemble est mélancolique. Un peu sombre et, par conséquent, mystérieuse. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un voyage d'hiver. Je ne me souviens pas avoir souvent vu les paysages et les lieux de cette terre limitrophe du Portugal sous cette lumière emplie de saudade (disons, portugaise). Dans La Raya* ou tout près d'elle. La plus vieille frontière du monde, même si d’aucuns ne l’ont jamais considéré comme telle.

Ma poésie, si l’on m’autorise cette comparaison, tend également vers la mélancolie. Je la défends. J'ai écrit dans un poème d’El cuarto de siroco : « Je suis venu ici pour parler de la tristesse / Parce que c'est un sentiment vénérable / De l'homme, par-dessus tous les autres / Comme l'a dit Szymborska : / "L'être humain est triste par nature" ».

J'ai écrit le mot pauvre tout à l'heure, et la pauvreté est très présente dans ces clichés, elle qui a préservé pendant des siècles, heureusement et malheureusement, l'essence du paysage et du patrimoine artistique et culturel d'Estrémadure. Ces photos ne cherchent pas à refléter le luxe, qu'il soit naturel ou élaboré, mais plutôt à montrer une réalité simple, basique, proche. Humbles herbes, pierres millénaires, champs abandonnés, dehesas sans fin, arbres tordus, cellules de couvent, eaux calmes... Et tout cela au milieu d'une solitude qui bouleverse. Pas de figures humaines. Sans personne. Des images, oui, mais de l'Espagne vide. C'est pourquoi, dans ces photographies à l'air métaphysique, on aurait envie d’entendre le son du silence, si l’on m’autorise ce paradoxe.

Leur délicatesse saisit le spectateur, qui se voit désarmé face à une vision inédite. Ce carnet de notes prouve que l'élégance n'est pas incompatible avec la simplicité. Bon, toute ostentation éloigne l'objet photographié de sa vérité. Et il y a beaucoup de vérité ici. Autant que dans cette région séculairement laissée pour compte, qui a pourtant donné des moments glorieux à l'Histoire. Une région qui dans ses paysages très divers et dans ses villes et villages conserve l'empreinte indélébile de la beauté. Proust écrivait dans le cinquième volume d'À la recherche du temps perdu : "Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux, de voir l'univers avec les yeux d'un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d'eux voit, que chacun d'eux est ". J'ose dire que de toutes les Estrémadures que recèle l'Estrémadure, celle de Schreyer perdurera.

 

Plasencia, janvier 2022

 

*La Raya est le mot usuel attribué en castillan à la frontière terrestre entre l’Espagne et le Portugal – la plus longue et plus ancienne d’Europe – et à l’espace géographique, proche de cette frontière politique, au sein duquel les populations espagnoles et portugaises partagent des éléments historiques, culturels ou économiques.

Traductions des textes, poèmes et relecture : Jorge Canete, Christophe Berdat & Stéfanie Mirivel